50 Major Writers In History
Huile sur toiles – 38x46cm – 2014/2015
Tout le monde a un jour rêvé d’écrire un roman. Moi aussi. Mais, je ne suis pas écrivain. Je suis peintre et c’est déjà pas mal. Alors, comment témoigner de ma profonde admiration pour ces romanciers célèbres, comment témoigner du fait qu’ils ont participé à la construction du peintre que je suis devenu ?







L’idée de cette série m’est venue lorsque j’ai décidé de reprendre la peinture en 2013 et d’emménager dans un nouvel atelier en 2014 à Arcueil, au sud de Paris. J’avais arrêté la peinture en 2008, après dix années passées à expérimenter toutes sortes de techniques picturales dans mon premier atelier et à exposer dans plusieurs villes de France, pour partir travailler comme photographe à Tanger au Maroc, puis à Madrid en Espagne.
Bien sûr, c’est l’émerveillement provoqué par mes lectures nocturnes depuis l’adolescence qui m’ont donné envie de peindre des écrivains. Je ne citerai que quelques-uns des romans qui m’ont le plus impressionné : Un rêve américain de Norman Mailer, Sur la route de Jack Kerouac, La Nausée de Jean-Paul Sartre, À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, American Psycho de Bret Easton Ellis, La Métamorphose de Franz Kafka, L’Amant de Marguerite Duras.







La littérature est un langage, un support d’expression. Tout comme la peinture. Ses mots sont les pigments, les couleurs, les tubes, les toiles, les papiers. L’écriture utilise une grammaire, c’est-à-dire un certain agencement des lettres qui forment les mots qui font des phrases, selon un ordre précis, c’est une méthode, une diversité de formats. La peinture aussi a besoin de tout cela pour être expressive.
Les couleurs par touches élaborent des surfaces. On ne peint pas n’importe quoi n’importe comment n’importe où. Les lettres des mots peuvent être comparées aux touches des pinceaux. Des millions de lettres construisent un roman-fleuve. Des millions de touches de couleurs façonnent un chef d’œuvre. Parfois, il suffit de peu de mots, c’est l’art de la nouvelle. Parfois, il suffit de peu de touches, c’est l’art du minimalisme.
Un style littéraire peut être léger, sombre, flamboyant, poétique, novateur, encore classique. Un style pictural tout autant. Souvent, tout cela rate, conduit à l’échec, c’est mauvais. En littérature comme en peinture. Seul le recommencement est envisageable…
La page blanche est la toile blanche. Isolé, prostré, emprisonné, en face à face avec le néant, l’écrivain-peintre est un monstre. L’art est aliénant. L’art est obligatoire.









Non, mes portraits ne sont pas des portraits. Ce sont des surportraits. Ce sont les portraits de la dualité. C’est aller creuser au-delà du portrait, essayer d’entrer à l’intérieur du portrait, à l’intérieur de la psyché de l’écrivain, essayer de me sentir lui, faire croire que j’écris moi aussi, être jaloux de l’écrivain, vouloir mentir pour lui ressembler. Oui, je superpose deux portraits de chacun d’entre eux. Je veux témoigner de cet entre-deux, aussi puissamment que possible, de ce qu’il y a entre les deux mêmes réalités, ce petit espace quasiment invisible que j’appelle l’espace de la dualité.
Cet espace vrai.
(Denis Michelis & Benoît Erwann Boucherot)









